Interview de Lucie Adam, institutrice, et Chahra Belarbi, ATSEM à l’Institution Saint Denis.

En maternelle, derrière chaque classe qui fonctionne bien, il y a souvent un duo discret mais essentiel : celui formé par l’enseignante et l’ATSEM. À l’Institution Saint Denis Croix-Rousse, Lucie Adam et Chahra Belarbi forment une équipe complice et parfaitement complémentaire. Ensemble, elles accompagnent au quotidien les élèves de TPS, PS et MS dans leurs premières découvertes de l’école.

On découvre ensemble ce duo incroyable.

Chahra présente Lucie :
« Bonjour, je suis Lucie, maîtresse des TPS, PS et MS. Ma classe compte 20 élèves répartis sur ces trois niveaux. J’aime proposer des activités variées et faire découvrir de nouvelles choses aux enfants. »

Mais si l’on demande à Chahra de parler d’elle, elle ajoute aussitôt avec un sourire :
« Lucie est toujours souriante et très drôle. Elle travaille à Saint-Denis depuis six ans : elle était d’abord en élémentaire et cela fait maintenant deux ans qu’elle est en maternelle. »

Lucie présente Chahra :
« Moi, je suis Chahra… la reine du ménage et la reine de la cantine ! » dit-elle en riant.
Elle accompagne au quotidien les élèves de TPS, PS et MS et travaille également avec ses collègues Rose et Khary.

Avant de rejoindre l’Institution Saint Denis il y a trois ans, Chahra travaillait déjà dans la restauration scolaire depuis 2004. « Le milieu scolaire a toujours été mon terrain d’action », explique-t-elle. Entre l’accueil des enfants, l’aide aux activités et l’organisation de la classe, elle veille au bon déroulement de chaque moment de la journée à mes côtés.

… La plus patiente à 8h05 ?
« Ça dépend des jours ! » répondent-elles en riant.
« Lundi et mardi, c’est plutôt Lucie… et jeudi-vendredi, plutôt Chahra ! »

… La plus rapide pour ranger l’atelier peinture ?
Lucie répond immédiatement :
« Chahra, évidemment ! Le rangement et l’ordre, c’est elle. »

… La plus redoutable face à un “pipi maintenant” en pleine activité peinture ?
« Encore Chahra ! »

… La plus douée pour stopper une crise avec douceur ?
Sans hésiter :
« Les deux. »

Chahra raconte en souriant :
« Hier, j’étais seule dans le couloir et je demandais aux enfants dans quelle classe ils voulaient aller. L’un d’eux m’a répondu très sérieusement : “Moi je veux aller dans la classe de Tata Céline.” »

Lucie se souvient aussi d’un moment mémorable lors de la fête de l’école :
« L’année dernière, je m’étais déguisée en nonne… avec des cheveux roses ! Quand Chahra est arrivée et m’a vue comme ça, personne n’a réussi à garder son sérieux. »

Pour Lucie, la réponse est immédiate :
« Le matin, pendant les ateliers. On doit être très organisées et soudées. Il faut que tout soit fluide pour les enfants. »

Leur complémentarité s’est installée naturellement :
« Chacune a son rôle et nous travaillons toujours de manière complémentaire. C’est ce qui fait que tout fonctionne bien… et toujours dans la bonne humeur ! »

La scène parle d’elle-même.
Au moment de poser la question, un enfant se met soudain à parler très fort dans la classe.

Lucie et Chahra échangent un simple regard. Sans un mot, elles tournent la tête vers l’enfant :
Chahra pose doucement un doigt sur sa bouche pour dire « chut », tandis que Lucie mime une fermeture éclair sur ses lèvres.

Deux gestes spontanés… et la situation est réglée en une seconde.

Lucie réfléchit un instant avant de répondre en riant :
« Elles sont difficiles vos questions ! »

Puis elle explique :
« Nous sommes un peu les magiciennes du soir. Notre mission, c’est aussi de rendre les enfants aux parents dans une atmosphère calme et sereine. »

Avant cela, il a souvent fallu gérer les petits accidents, les mains sales, les nez qui coulent ou l’excitation de la fin de journée.
« Notre rôle, en duo, c’est d’apaiser tout cela pour que les enfants puissent rentrer chez eux tranquillement. »

« … pour m’aider dans le rangement ! » répond Lucie, déclenchant un éclat de rire.

« Quoi ? C’est tout ? » réagit Chahra, amusée.

Lucie poursuit :
« Et me soutenir… dans le rangement ! »

Puis elle ajoute plus sérieusement :
« Chahra est vraiment la reine de l’organisation. C’est une coordination millimétrée entre nous : on ne se marche jamais dessus et c’est ce qui fonctionne. »

Chahra conclut en souriant :
« Ici, on rigole beaucoup, c’est un peu l’ADN de l’établissement. Et les bases de l’apprentissage, j’en suis convaincue. »

Lucie répond aussitôt :
« Le plus difficile pour moi ? Ranger ! Elle est tellement organisée… »

Chahra réfléchit :
« Moi, ce serait d’être sans maîtresse. Je ne saurais pas gérer vingt enfants seule toute la journée ! »

Les deux éclatent de rire.

« Chut ! »
« Va à ta place ! »
« J’ai besoin de calme ! »
« Tu t’es lavé les mains ? »

Chahra avoue même que ces phrases la suivent jusqu’à la maison :
« Je passe presque dix heures par jour à l’école. À force, ces automatismes me suivent partout ! Mon mari et mes enfants me disent souvent : “Chahra… on n’est plus à l’école ici !” »

Mais derrière l’humour se cache une conviction profonde.

Lucie conclut :
« Notre rôle, c’est aussi d’apprendre aux enfants à devenir autonomes. Nous les accompagnons pour qu’ils grandissent et qu’ils soient prêts à passer les étapes de la maternelle. »

Et pour cela, le duo institutrice-ATSEM est tout simplement indispensable.